Description du projet
Pour permettre la distanciation sociale des clients, la salle du restaurant « Comptoir » a été réaménagée en utilisant d’anciennes fenêtres en bois récupérées et mises en valeur pour séparer les tables en créant des alcôves semi-ouvertes. Ces fenêtres sont suspendues aux poutres du plafond de l’établissement par des cordes permettant d’être décrochées et enlevées pour ajuster la disposition des tables ponctuellement, par exemple pour réunir plusieurs tables en une seule plus grande.

Le « Comptoir restaurant & buvette » à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Source: Louis Caudron
Ville/Pays
Saint-Jean-sur-Richelieu, Canada.
Acteurs impliqués dans le projet
Jean-Mathieu Bouchard, propriétaire et gérant du restaurant.
Éléments d’innovation
Pourquoi est-ce innovant?
Étant donné l’espace disponible dans le restaurant et afin de conserver une capacité d’accueil suffisante, il était difficile d’envisager la distanciation en séparant les tables de 2m. Il était nécessaire d’envisager un dispositif de cloisonnement qui soit modulable et transparent, pour ne pas trop obstruer visuellement la salle à manger. Le choix d’une solution de séparation par des fenêtres de récupération est innovant, car il parvient à répondre à ce problème en satisfaisant aussi à trois autres objectifs d’aménagement.
Le premier est économique, car en temps de difficultés financières liées à la baisse des activités pour un commerce, la réalisation de l’aménagement de distanciation peut-être un lourd investissement. La solution de récupération, en chinant de vieilles fenêtres auprès de différentes sources locales, a été estimée trois fois moins onéreuse que les solutions équivalentes utilisant par exemple des panneaux neufs de plexiglas.
Le second est dicté par l’impératif du développement durable. Alors que l’aménagement de la distanciation se veut temporaire, donc intrinsèquement non durable, la récupération des fenêtres met en valeur des matériaux obsolètes, sourcés localement et nécessitants très peu de transformations. Elle évite la production et la mise en œuvre de matériaux neufs, notamment les dérivés du pétrole peu écologiques (plastiques, plexiglass, etc.) utilisés le plus souvent dans les autres solutions.
Le troisième répond à un parti pris esthétique de vouloir s’intégrer dans le design du restaurant dont la décoration fait déjà la part belle aux mobiliers vintages et objets chinés. A l’inverse des panneaux en matériaux plastiques souvent sans parti pris de design, les fenêtres réutilisées proposent un style original et ludique, voire même patrimonial, tout dépendant de leurs qualités formelles et de l’histoire des fenêtres mise en valeur.
Pourquoi est-ce pertinent pour Montréal?
Face à la généralisation des panneaux en matières plastiques dans les établissements recevant du public, cette solution est une alternative pour réaliser une distanciation dans un budget réduit, en respectant les principes du développement durable et en apportant un style contemporain et distinctif, à l’instar du restaurant « Comptoir ». Le contexte et les contraintes de Saint-Jean-sur-Richelieu y étant très similaires, les commerces de Montréal peuvent sans trop de difficultés s’approprier cette solution.
Quel est le potentiel de transférabilité?
Cette solution offre de nombreux avantages et peut théoriquement être adaptée dans d’autres locaux ayant vocation à recevoir un public distancié, comme les restaurants, les commerces et d’autres services. Cependant, il ne semble pas qu’on puisse la généraliser, du fait que le stock d’anciennes fenêtres pouvant être récupérées est probablement limité. D’autre part, il s’agit d’un matériau ne permettant qu’une relative modularité, car s’il est possible d’assembler les fenêtres ensemble pour faire de plus grands panneaux et de les monter et démonter en fonction des besoins, il n’est pas vraiment possible de les subdiviser et leur format est imposé par le type des fenêtres disponibles. Enfin, il s’agit d’un parti pris esthétique d’aménagement qui peut ne pas convenir à tous les locaux commerciaux.
Enjeux et perspectives
Accès à la ressource en anciennes fenêtres
Le principal enjeu semble être la disponibilité du matériau. Pour le moment, les fenêtres nécessitent d’être chinées auprès de particuliers, de professionnels (brocanteurs et antiquaires) ou directement auprès d’entreprises de démolition. Il n’existe pas spécifiquement de filière de récupération pour leur mise en valeur. Par exemple, dans le cas du « Comptoir », le propriétaire a dû chiner progressivement dans le mois qui a précédé l’annonce de la réouverture des commerces, auprès de plusieurs revendeurs en Estrie et Montérégie.
Sources
https://www.instagram.com/comptoirrestaurant/?hl=fr-ca
Auteur de la fiche
Louis Caudron